Veille

projet en cours

J’ai travaillé des peaux et des écailles de poissons pour une œuvre précédente il y a quelques années. ce fut une découverte qui immédiatement m’a emmené dans de multiples évocations d’histoires et de territoires imaginaires. Une pensée particulièrement s’est imposée, forte et obsessionnelle ; celle de l’attente à terre de ceux qui sont partis en mer.
A cette image de celui qui reste s’arrime celle du vide, d’un espace ouvert, infini et immatériel. L’absence, l’attente pour horizon, qu’il s’agit de domestiquer.
C’est depuis cette place là, de celui qui veille, que je souhaite me tenir pour construire ce travail. La place de celui qui, immobile, les pieds à terre, va par la pensée à la rencontre de ceux qui manquent.
de longue date les femmes ont accompagné ces veilles-là par des travaux de mains, couture, broderies, tricots, tissages… autant d’ouvrages de dames dont la répétition du geste, quasi incantatoire, emmène l’esprit dans une sorte de méditation, une disponibilité à l’ailleurs. Dans ce temps là s’ouvre un espace en soi où l’esprit s’échappe où des rencontres silencieuses s’opèrent. Effleurent alors parfois à la surface des choses perdues ou oubliées. les ouvrages conçus se doublent alors de l’étoffe immatérielle de ces voyages intérieurs, ils en portent la mémoire, la poé-
sie ou la mélancolie. Depuis l’atelier, comme l’on fait ces générations de mère et d’épouse, je me propose patiemment de les rejoindre dans la couture et ce faisant de donner une enveloppe à ce temps qui passe dans la pensée et l’attente souvent désespérée de ceux qui manquent.

Les sculptures cousues sont pensées pour moi comme des lieux de mémoire, des refuges, dont le caractère énigmatique et impersonnel souhaite permettre au visiteurs ses propres projections et appropriations. Ici la couture et les peaux de poissons (résidus de la pêche), m’ont semblé pouvoir se réunir pour construire cette installation à l’allure de cénotaphe.
En arrière toile de ce travail de nombreux champs historiques, symboliques ou mythologiques se bousculent. De la figure de Pénélope à celle d’Ulysse, du pêcheur, du vieil homme et la mer, du militaire et de leurs familles à terre ; de Jonas, du capitaine Achab, de l’histoire de l’enfant de la haute mer. Et bien entendu, à la fois sans âge et extrêmement actuelle, nous vient irrémédiablement en tête la tragédie quotidienne des migrants embarquant pour fuir la guerre.